Alternatives Economiques : Entrons dans l'ère du numérique post-Snowden (Chronique de Benoît Thieulin)

By | 27 novembre 2013

Entrons dans l’ère post-Snowden du numérique en préparant un traité international sur l’informatique et les libertés. 

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Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique et PDG de la Netscouade
Alternatives Economiques n° 330 – décembre 2013, publié le 27/11/2013

Le numérique est un vecteur inédit de la liberté d’expression qui décuple l’« empowerment » des citoyens, le pouvoir d’agir des internautes sur la vie sociale, économique et politique. Bien au-delà du web, il s’inscrit dans notre quotidien : géolocalisation mobile pour trouver son chemin, emails gratuits et sans limitation de taille, applications de recommandation pour trouver un restaurant, compteurs intelligents pour améliorer sa consommation énergétique, objets connectés pour améliorer son bien-être et sa pratique sportive, livres numériques, etc.

Mais ces services nouveaux ne sont pas sans contrepartie et exigent d’accéder à nos données pour fonctionner correctement. C’est peu dire que la confiance est un élément essentiel de la relation qu’ils entretiennent avec leurs utilisateurs. Les révélations d’Edward Snowden et de Glenn Greenwald lèvent le voile sur la façon dont les faits et gestes de chacun sont sans cesse tracés, stockés, analysés. Elles jettent un doute sur la finalité du traitement de ces données, faisant craindre le danger d’un détournement systématique à grande échelle qui serait préjudiciable pour les citoyens, les agents économiques, les Etats et la démocratie.

Le numérique ne doit pas contribuer à l’établissement d’une société où la surveillance n’est plus un régime d’exception, ciblé, sectoriel, mais deviendrait une “omnisurveillance passive” à coût zéro. La France devrait avoir conscience de son rôle dans ce domaine car c’est elle qui avait lancé l’alerte dès 1974 avec la publication de « Safari ou la chasse aux Français » – un acte de “whistleblowing” qui a débouché sur la loi informatique et libertés de 1978 et non sur la criminalisation de ses auteurs.

Nous sommes donc aujourd’hui à la croisée des chemins. C’est toute la transition numérique qui est menacée par la perte du lien de confiance et la création de ce climat de paranoïa généralisée. La crainte de la surveillance conduit toujours à l’autocensure pour les citoyens et pour les entreprises. Comme en témoigne la fermeture du site de messagerie cryptée Lavabit, elle freine l’aspiration à l’innovation des entrepreneurs du web, des geeks, des bloggeurs, des activistes.

Edward Snowden a eu le courage de relancer l’alerte sur les risques d’une société de surveillance incontrôlée. A l’exemple de personnalités comme Philippe Lemoine, il appartient aux citoyens, aux politiques et à la coopération internationale de réagir pour garantir qu’Internet reste un lieu de liberté d’expression et d’entreprendre. Plutôt que de l’assigner à résidence, il aurait été plus utile de l’inviter pour informer nos gouvernements en direct, et pour nous aider à préparer le futur traité informatique et libertés de 2018 – 40 après la CNIL.

 

 

Lien vers la chronique d’Alternatives Économiques:

http://www.alternatives-economiques.fr/entrons-dans-l-ere-du-numerique-post-snowden_fr_art_1264_65917.html

Alternatives Economiques  / Décembre 2013 / Numéro 330 /  p24

 

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