«La surveillance numérique doit rester l'exception» par Benoît Thieulin dans ladepeche.fr

By | 12 décembre 2013

«La surveillance numérique doit rester l’exception»

Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique. Membre du think tank Terra Nova et enseignant à Sciences Po (Paris)

 

L’article 13, portant sur l’encadrement des moyens de surveillance de la France sur internet de la loi de programmation militaire, menace-t-il nos libertés individuelles sur le Net ?

Je pense – et nous avons eu raison de se saisir de cette question du système de surveillance au sein du CNN – qu’il est aujourd’hui temps d’appeler à une grande consultation en vue d’une nouvelle grande loi sur le numérique en France. Nous sommes pionniers en matière d’alerte lorsque les libertés individuelles sont en danger. C’est Philippe Lemoine

[actuellement président de la Fondation internet nouvelle génération, N.D.L.R.] qui, en 1978, a été le premier à alerter sur le «fichier des honnêtes gens», baptisé alors Safari. Aujourd’hui, le contexte a changé, il y a deux choses à retenir : tout le monde a un ordinateur dans la poche, utilise les grandes plateformes des réseaux sociaux pour communiquer. Et, en parallèle, on assiste à un effondrement des coûts techniques de la surveillance. Avec le système des algorithmes et du Big Data – le volume des données stockées aujourd’hui est en pleine expansion dans le monde -, nous avons potentiellement les moyens de contrôler un nombre impressionnant d’informations. Même le KGB aurait rêvé d’avoir la possibilité de contrôler les 250 millions de courriers des Russes. Au regard de tout cela, il est important qu’une loi se fasse dans la confiance. Mais comment l’utilisateur d’internet peut-il faire confiance à l’agence d’espionnage américaine NSA ou aux services de renseignement français ? On a besoin de se poser et de poser les bonnes questions. Comment défendre les droits fondamentaux à l’heure du numérique qui a considérablement modifié notre société ? Si ces outils sont à ce point importants dans notre vie quotidienne, alors perdre confiance en eux peut-être dangereux. De quelle manière se manifeste cette défiance chez les internautes ? Par le biais des logiciels de cryptage dont le marché a explosé depuis l’affaire Edouard Snowden (responsable des fuites sur les programmes américains de surveillance de l’Internet). Il y a désormais un avant et un après Snowden. On est clairement à un point de bascule depuis cette affaire. Aux États-Unis, les experts notent même un tassement du e-commerce qu’ils expliquent par la défiance post-Snowden. C’est une tendance lourde et si tous les internautes finissent par se munir d’un logiciel de protection, la tâche risque d’être encore plus compliquée qu’aujourd’hui pour les gouvernements. À force de pousser les gens vers la défiance, on assiste au résultat inverse de celui escompté. La règle dans nos démocraties, c’est que la surveillance reste l’exception et que la non-surveillance demeure la règle, mais c’est l’inverse qui se produit aujourd’hui. Cependant, il est peu probable que les services de renseignement français aient des moyens comparables à ceux des Américains dans le domaine de la surveillance numérique. Recueilli par Gérald Camier

Lien vers l’interview:

http://www.ladepeche.fr/article/2013/12/11/1772685-la-surveillance-numerique-doit-rester-l-exception.html

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