Le numérique, une opportunité de croissance

By | 26 janvier 2012

Gilles BABINET, Président du CNNum a publié le 26 janvier 2012 dans le Figaro une tribune appelant les candidats à l’élection présidentielle à considérer le potentiel de compétitivité de ce secteur économique.

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La perte du triple A n’est certes pas une bonne nouvelle, mais elle a au moins de mérite de pousser l’ensemble des acteurs politiques, économiques et de la société civile à évoquer les conditions du redressement des comptes publiques.
Dans un pays dont, chaque mois, les indicateurs montrent que son modèle économique ne fonctionne plus –prenons la balance des exportations, par exemple, qui s’enfonce d’environ 15% chaque année-, il convient avant tout de remettre la compétitivité et la production au cœur du débat.

En effet, il est à craindre qu’à brève échéance, plus aucune latitude politique ne soit vraiment possible tant que nous consommerons plus de richesse que nous en produisons. De surcroît, la qualité de notre production et le développement d’emplois de qualité sont, de façon structurelle, les clés de nombreux thèmes politiques à l’instar de la sécurité, la protection sociale, ou encore l’immigration. C’est pourquoi la première responsabilité des candidats à l’élection présidentielle est de placer l’enjeu compétitif au cœur de leurs programmes.

Nous ne cessons de le dire, le numérique est une opportunité de croissance comme il ne s’en représentera pas de sitôt. Dans de nombreux pays, il représente déjà plus de 50% de la croissance du PIB. En France, nous disposons de nombreux atouts dont ne peuvent se prévaloir d’autres pays qui pourtant réussissent mieux que nous, notre expertise en mathématique, notre bon niveau d’enseignement supérieur, la qualité de nos infrastructures numériques, le nombre de créations d’entreprises et même, selon nombre d’entrepreneurs américains, l’ingéniosité –au sens étymologique- de nos entrepreneurs numériques.

Le numérique ne permet pas seulement de produire de façon plus efficace, mais aussi de produire autrement, d’organiser différemment. En automatisant les taches répétitives, le numérique est la force qui permet de dépasser le débat tayloriste; et de repenser le travail autrement que comme un facteur d’aliénation.

C’est pourquoi, il faut cesser d’envisager le numérique comme un segment de l’économie, autonome des autres, car il est capillaire, et pour ainsi dire aucun domaine ne se trouve à l’écart de cette force de transformation. Des exemples sans fin démontrent son impact aussi bien dans un salon de coiffure, qu’au sein d’une usine de voitures. En matière de services publics, il existe un nombre impressionnant d’exemples qui démontrent le potentiel du numérique.
Sait on que Singapour a réussi le tour de force qui consiste à accroitre la qualité des soins en réduisant le coût des services de santé, et ceci largement grâce au numérique?

Sait on que la Kahn-Academy, programme scolaire alternatif sur internet est utilisé par des dizaines de millions de petits américains (69% ont jugé que ce service avait eu un impact ‘majeur’ dans leur compréhension des mathématiques) sans que cela ne coute un centime au contribuable?

Sait-on encore qu’à compter de la fin de cette année, toutes les entreprises anglaises pourront faire la totalité de leurs déclarations sur un seul site web gouvernemental?

Sait on que le gouvernement australien a créé une base de connaissance pour que les vétérans de la seconde guerre mondiale puissent laisser un témoignage aux écoliers de ce qu’ils ont vécu ?

Le numérique est une force puissance, car il est alternatif. La culture inventive des startups en témoigne. L’invention des réseaux sociaux, du microbloging, du paiement de pair à pair, de l’achat groupé, des bases de connaissances contributives (i) nécessite de penser différemment et d’envisager les problèmes posés sous un autre angle. C’est cette culture qu’il convient d’adopter en tant que nation.

C’est ainsi que nous créerons de meilleurs services publics, que nous recréerons des emplois de qualité, qualifiés et durables, et que nous recréerons les conditions d’un débat démocratique de qualité. Il ne s’agit pas d’une mystique sans fondement, il s’agit d’une réalité démontrée par de trop nombreux exemples, et il ne tient qu’à nous de l’adopter.

Toutefois, ce changement ne se fera que si nos élus, nos dirigeants s’emparent résolument de cet enjeu. Or, et c’est le point qui a le plus frappé les membres du Conseil national du numérique : au travers des nombreuses rencontres que nous avons effectuées avec nos élus et les dirigeants de nos grandes entreprises, nous avons été surpris de constater que ceux-ci ne perçoivent que faiblement le potentiel numérique. Et même si corrélation de vaut pas causalité, force est de constater que nos parlementaires sont les plus vieux d’Europe. Beaucoup de nos élus sont issus de la génération du papy-boom, et ne connaissent souvent internet que par le biais de leurs petits enfants. En réalité, les parlementaires qui ont une sensibilité numérique ne sont pas au nombre de dix ; c’est d’autant plus étrange que 40% des français se déclarent « passionnés par le numérique ».

Or, les réformes qu’il convient de faire pour devenir un grand acteur numérique restent nombreuses ; et cela ne pourra évidement se faire que si l’enjeu en est au moins compris par nos élus.

C’est pourquoi, plus que jamais, il nous importe que l’élection présidentielle puisse être l’opportunité d’un vrai débat à l’égard du numérique et que le futur président exprime une vision forte et organisée à l’égard de celui-ci. Nous aurions une raison valable de sortir des éternelles polémiques qui nous ont menées où nous sommes aujourd’hui.

(i) facebook, twitter, paypal, ventes-privés, wikipedia…

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