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[Communiqué de presse] Fichier TES : le CNNum réaffirme ses préoccupations et invite le Gouvernement à expliciter le plan d’action correspondant aux recommandations de l’ANSSI et de la DINSIC

A l’occasion de la réunion plénière de ses membres le 3 février, le Conseil national du numérique a auditionné les directeurs Guillaume Poupard et Henri Verdier au sujet de leur mission d’expertise conjointe sur la sécurité du fichier TES. Suite à cette audition, le Conseil réaffirme ses préoccupations et invite le Gouvernement à expliciter le plan d’action correspondant aux 11 recommandations d’évolution listées dans le rapport de l’ANSSI et de la DINSIC.

Plus généralement, le CNNum appelle les candidats à l’élection présidentielle à exprimer leur position sur le fichier TES et son évolution à moyen terme, ainsi que sur la construction d’une nouvelle gouvernance des choix technologiques au sein de l’État.

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À la suite du débat public qui s’est noué après la publication du décret sur le fichier TES, le 28 octobre 2016, le Gouvernement a ouvert un dialogue utile avec le Parlement et la société civile et a confié à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) et la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC) le soin de procéder à une mission d’expertise conjointe sur la sécurité du système et des procédures.

Le Conseil salue la pertinence et l’utilité du travail, effectué dans des délais contraints, mené par l’ANSSI et la DINSIC. Leurs conclusions confortent les préoccupations exprimées par les contributeurs à la consultation menée sur le site tes.cnnumerique.fr et soulignées dans l’avis du CNNum du 9 décembre 2016. Le Conseil regrette cependant le périmètre restreint de cette saisine, qui portait uniquement sur le système TES existant depuis 2008 pour les passeports, laissant — comme le souligne les auteurs — de nombreuses questions ouvertes “sur la trajectoire fonctionnelle et technique du système TES à moyen et long terme”.

Plus fondamentalement, le Conseil déplore le choix partiel et partial de communication du ministère et de certains élus, consistant à ne retenir de ce travail qu’une conclusion tronquée afin de justifier la généralisation dans les prochaines semaines de l’utilisation de TES pour délivrer des cartes nationales d’identité. En effet, si le rapport mentionne bien que “les principes de conception du système TES sont compatibles avec la sensibilité des données qu’il contient”, il pointe néanmoins “un certain nombre de vulnérabilités de gravité variable” — non précisées pour des raisons de sécurité. Une partie des failles découvertes étaient vraisemblablement présentes depuis plusieurs années. Ce constat est particulièrement alarmant dans un contexte où les fuites de données sont légion et où la situation géopolitique internationale appelle à redoubler de vigilance quant aux données sensibles de nos concitoyens.

Un point en particulier a soulevé de vives inquiétudes : le détournement possible de finalités et l’utilisation du système TES afin de rechercher l’identité de citoyens à partir de leurs traces biométriques (identification). Ici, le rapport conclut que “TES peut techniquement être détourné à des fins d’identification, malgré le caractère unidirectionnel du lien informatique mis en oeuvre pour relier les données d’identification alphanumériques aux données biométriques”. Or, l’impossibilité — aussi bien technique que juridique — de rechercher l’identité d’une personne avait pourtant été mise en avant depuis le départ pour justifier la mise en oeuvre de TES. En effet, l’identification d’une personne par ses empreintes digitales est particulièrement encadrée en droit français (une liste limitative de 4 cas est précisée à l’article 16-11 du Code civil), et la constitution d’un fichier d’identification des personnes à partir de leurs empreintes ou de leur photo avait notamment conduit le Conseil constitutionnel à censurer le projet de carte nationale d’identité électronique en 2012.

Le Conseil considère que les conclusions de cet audit sont incompatibles avec une généralisation à la hâte du système TES. Compte tenu des réserves importantes exprimées par la mission, elles devraient à l’inverse conduire le Gouvernement à séparer les deux sujets que sont la mise en place du fichier TES de l’implémentation du Plan Préfecture Nouvelle Génération (PPNG). Si le calendrier du plan de modernisation des préfectures n’est pas à remettre en cause, l’authentification biométrique pour la délivrance des cartes d’identité n’en est pas un élément indispensable. Comme cela avait été souligné dans l’avis du CNNum, le rapport d’audit mentionne en effet que “la centralisation des données biométriques pour la carte nationale d’identité n’a pas actuellement un intérêt direct pour leur gestion. Leur utilisation se borne en effet au cas des réquisitions judiciaires”.

Le CNNum invite en outre le Gouvernement à expliciter le plan d’action correspondant aux 11 recommandations d’évolution listées dans le rapport, et dont la première consiste à chiffrer les données en confiant à une autorité tierce la capacité de les déchiffrer. L’usage des données biométriques se limitant actuellement à la réponse à de potentielles réquisitions judiciaires, ne pas mettre en place à court terme une telle protection serait un choix idéologique et non une nécessité législative ou technique.

Plus généralement, le CNNum appelle les candidats à l’élection présidentielle à exprimer leurs positions sur le fichier TES et son évolution à moyen terme. L’usage de données biométriques par les autorités judiciaires est un point particulièrement sensible. Au-delà, le débat sur le fichier TES ouvre des questions techniques, organisationnelles, mais aussi éthiques sur la banalisation de la biométrie. L’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), qui avait notamment préparé la révision de la loi n° 2004-800 relative à la bioéthique, pourrait utilement être missionné par le prochain gouvernement de se saisir de ces enjeux. Une mission associant l’ensemble des parties prenantes (ministère de l’Intérieur, ANSSI, DINSIC, CNIL, laboratoires de recherche, acteurs économiques…) pourrait aussi être lancée pour analyser les alternatives techniques, notamment la conservation des éléments biométriques sur un support individuel exclusivement détenu par la personne, comme recommandé par la CNIL.

Au delà du cas TES, le Conseil réaffirme la nécessité de poursuivre l’adaptation de l’État et de ses organes afin de prendre les meilleures décisions technologiques possibles au regard, notamment, de leurs implications politiques, économiques et sociétales. Ces enjeux méritent d’être au cœur de la campagne présidentielle et de l’action du prochain gouvernement. Le Conseil a émis plusieurs propositions en ce sens. En attendant l’instauration de cette nouvelle gouvernance, il y a urgence à suspendre la généralisation du projet TES.


Comprendre les enjeux autour du fichier TES


Qu’est-ce que le système « TES » et pourquoi l’utiliser pour délivrer des cartes nationales d’identité ?

Créé en 2008, le système titres électroniques sécurisés (« TES ») est utilisé pour délivrer des passeports. Il s’agit d’une base de données contenant actuellement environ 15 millions de jeux de données. Dans le cadre du plan « préfectures nouvelle génération », il a été décidé d’utiliser le système TES pour délivrer des cartes nationales d’identité et le Gouvernement a publié un décret le 30 octobre 2016, prévoyant la création de ce nouveau fichier.

 

Le futur fichier fusionnera la base TES relative aux passeports avec celle des cartes nationales d’identité, appelée Fichier National de Gestion (FNG), désormais obsolète. Les données conservées dans la base fusionnée seront des données alphanumériques d’état civil (nom, prénoms, date et lieu de naissance, sexe, liens de filiation), des données personnelles (couleur des yeux, taille, adresse au moment de la demande) et des images numérisées d’une photographie d’identité, de deux empreintes digitales et de la signature du demandeur. Pour les cartes nationales d’identité, ces données sont conservées pendant 20 ans (15 ans pour les mineurs). Il devrait concerner à terme près de 60 millions de Français.

Pour quelles raisons un rapport d’audit de la sécurité de « TES » a-t-il été commandé ?

Déplorant l’absence de concertation préalable sur ce sujet rendu essentiel par la nature des données enregistrées, le nombre de personnes concernées, et le choix d’une architecture technique centralisée, le Conseil national du numérique a décidé de s’autosaisir le 7 novembre 2016. Il a appelé le Gouvernement à suspendre la mise en œuvre de ce décret afin d’examiner des alternatives tenant compte de l’état de l’art technique et respectant les droits et libertés des citoyens.

 

Le Parlement a été amené à débattre de ce sujet en séance publique, en présence du ministre de l’intérieur d’alors, Bernard Cazeneuve. Deux décisions ont été prises en novembre dernier :

  • première décision : faire évoluer les textes pour permettre aux demandeurs qui s’opposeraient au versement dans une base centralisée de leurs empreintes numérisées de s’y opposer. La modification du décret à cette fin est en cours, la CNIL étant saisie d’un projet ;

  • deuxième décision : procéder à un audit indépendant sur le niveau de sécurité du système « TES » en particulier pour ce qui concerne la maîtrise des risques de piratage de données personnelles sensibles et de détournement des usages de ces données.


Sur la base des contributions recueillies sur une plateforme de consultation dédiée (tes.cnnumerique.fr), le Conseil a rendu son avis au Gouvernement le 9 décembre 2016.

 


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[Communiqué de presse] Transformation numérique de l’ESR : Thierry Mandon et le CNNum appellent la communauté à amplifier la dynamique lancée à l’issue d’un premier cycle expérimental

Le 14 décembre 2016, Thierry Mandon, Secrétaire chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR), et le Conseil national du numérique (CNNum) ont invité à un point d’étape collectif sur la démarche expérimentale lancée conjointement en septembre dernier, autour de la transformation numérique de l’ESR.

Dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de l’Enseignement Supérieur, Thierry Mandon a saisi le Conseil national du numérique en novembre 2015 pour initier un travail pragmatique sur la transformation numérique de l’Enseignement supérieur, avec un double objectif : inciter les établissements et sites à se saisir du numérique comme levier de transformation systémique et irriguer les orientations du troisième volet du Programme d’Investissements d’Avenir.

En réponse à cette saisine, le CNNum a proposé de ré-interroger le rôle de l’université dans la métamorphose numérique de la société tout entière et remis le 24 mai dernier aux acteurs de l’Enseignement supérieur et de la recherche, un référentiel de transformation numérique destiné à aider chaque établissement ou site à construire, compléter ou évaluer sa propre stratégie. Inventaire – forcément évolutif – d’actions et de valeurs, c’est sur l’enrichissement de cet outil qu’ont travaillé près de 200 représentants des établissements d’enseignement supérieur (avec le concours de la CPU, la CGE et la CDEFI notamment), mais aussi de l’EdTech et du tiers secteur, au cours des 9 ateliers de codesign organisés avec le soutien de la DGESIP (Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle du ministère).

Cette démarche expérimentale menée depuis le mois d’octobre marque “la volonté du CNNum d’accompagner la transformation de l’action publique par de nouvelles méthodes, importées de la culture numérique, comme le design thinking” affirme Mounir Mahjoubi,  président du CNNum.

Pour Thierry Mandon, ce travail correspond à vision où le lien entre numérique et ESR se traduit à trois niveaux :

“D’abord, le numérique doit être mis au coeur d’une stratégie à l’échelle de l’établissement et du site ; ensuite, il  appelle à une modification profonde des modes d’interaction entre l’Etat et des acteurs autonomes ; enfin l’ESR a un rôle fondamental à jouer dans l’explicitation de la révolution que nous vivons.”

C’est dans ce sens que la séquence menée ces derniers mois auprès de l’écosystème a été conduite. La mise en ligne du référentiel et son ouverture à contributions, ainsi que l’annonce des lauréats de l’appel à projets DUNE (Développement d’Universités Numériques Expérimentales) qui a mis l’accent sur le caractère transformant et systémique des projets candidats, signent la fin d’un premier cycle tout en fournissant les outils d’une dynamique qui doit être poursuivie par la communauté ESR.

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Seconde édition de la conférence franco-allemande sur le numérique

Le Conseil national du numérique et le Comité consultatif “Jeunes entreprises du numérique” appellent la France et l’Allemagne à une prise en compte globale des enjeux numériques

PARIS/BERLIN — Le mardi 13 décembre se tiendra la seconde édition de la conférence franco-allemande sur le numérique à Berlin, présidée par le Président de la République François Hollande et la Chancelière fédérale allemande, Angela Merkel. Au cours de la première édition en 2015, le Conseil national du numérique (CNNum) avait élaboré conjointement avec son homologue allemand, le Comité consultatif “Jeunes entreprises du numérique” (BJDW), un plan d’action franco-allemand “Agir pour l’Innovation” (API) afin de nourrir les réflexions des deux gouvernements sur le soutien à l’innovation et à la transformation numérique en Europe.

Les deux conseils souhaitent rappeler et compléter les deux priorités qui avaient été exprimées en 2015 : répondre à l’impératif d’internationalisation et de compétitivité des entreprises européennes et faire en sorte que tous les acteurs aient les moyens de jouer à armes égales.

Internet ne connaît pas de frontières et il n’y ni de Nord, ni de Sud, ni d’Est, ni d’Ouest sur la carte mondiale numérique. Aujourd’hui ne compte que la scalabilité et à l’inverse de l’espace économique asiatique ou américain, des pays européens isolés seraient trop petits pour répondre à l’impératif d’internationalisation et de croissance rapide qui caractérise une économie de la donnée connectée” affirme Tobias Kollmann, président du BJDW. “Le marché unique du numérique n’est donc pas une option mais un devoir pour tous les états membres de l’Union européenne. Le défi de concevoir une transformation numérique commune est un mandat pour toute l’Europe.

Le CNNum et le BJDW ont également souhaité affirmer l’importance du développement de programmes ambitieux de soutien à la transformation des PME comme de l’industrie, afin que l’ensemble des tissus économiques français et allemands profite des opportunités que peut apporter le numérique.

les premiers succès des politiques de soutien à l’innovation et aux startups ne doivent pas éclipser les autres défis posés par la numérisation de notre économie. Cette transformation doit se faire au profit de tous. Il est donc essentiel que la coopération franco-allemande intègre les enjeux d’équité fiscale, de transformation du travail par l’automatisation ou l’intelligence artificielle, ou encore de droit et libertés que soulève le numérique.” Mounir Mahjoubi, président du CNNum

Enfin, afin de sensibiliser et d’informer sur les enjeux de confiance et de sécurité à l’ère numérique, le CNNum et le BJDW organiseront avec le iRights.Lab une “chiffrofête” (cryptoparty) franco-allemande en marge de la conférence. Pour les deux conseils, le développement industriel du chiffrement ainsi que l’appropriation massive de son usage dans la société et l’économie européenne est un enjeu crucial pour le respect des libertés fondamentales comme pour le développement de l’économie numérique en Europe.

Le CNNum et le BJDW présenteront 6 propositions concrètes au cours de la conférence sur la création d’un cadre réglementaire pour l’usage des données, la création d’un droit au chiffrement, la défense d’un level-playing field et de l’équité fiscale, le soutien à l’internationalisation des startups, le développement de pôles numériques européens pour l’accompagnement des PME et de l’industrie, ainsi que le financement d’un programme de recherche pluridisciplinaire sur l’intelligence artificielle.

Documents associés :

Synthèse des 6 propositions (en français)

Synthèse des 6 propositions (en anglais)

Synthèse des 6 propositions (en allemand)

Propositions du BJDW et du CNNum pour la conférence franco-allemande sur le numérique

Propositions du BJDW et du CNNum pour la conférence franco-allemande sur le numérique – version allemande

Pour plus d’informations sur la cryptoparty : https://www.weezevent.com/cryptoparty-33-49

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Fichier TES : le Conseil national du numérique publie son avis

Le lundi 12 décembre 2016 et à la suite de son auto-saisine en date du 7 novembre 2016, le Conseil national du numérique publie son avis sur le décret n°2016-1460 prévoyant la création d’une base de données des “Titres électroniques sécurisés” (TES). Ce décret annonce la fusion de la base TES existante relative aux passeports et la base des cartes nationales d’identité et a été présenté avec un double objectif de lutte contre la fraude documentaire et de gestion simplifiée des titres. Une telle base de données devrait concerner à terme près de 60 millions de Français et contiendrait notamment des données sur l’état civil des personnes, sur leurs signes physiques distinctifs ainsi que des données biométriques.

LIRE L’AVIS SUR LE FICHIER TES

Contexte

Dans un communiqué de presse en date du 7 novembre 2016, le CNNum a appelé le Gouvernement à suspendre la mise en œuvre du décret n°2016-1460 afin d’examiner des alternatives tenant compte de l’état de l’art technique et respectant les droits et libertés des citoyen.

Depuis l’auto-saisine du Conseil, le Gouvernement a ouvert un dialogue constructif avec le parlement et la société civile. Dans un communiqué en date du 10 novembre 2016, il s’est engagé à “impliquer de manière continue les organes d’expertise techniques, les autorités indépendantes et à rester à l’écoute des attentes de la société civile, notamment celles issues de la consultation engagée par le Conseil national du numérique, sur le sujet de l’identité numérique qui représente un enjeu majeur de modernisation et de protection pour nos concitoyens”. Des pistes d’évolution du dispositif ont par ailleurs été ouvertes : d’une part, en garantissant la possibilité pour tout individu de refuser le versement de ses empreintes ; d’autre part, en prévoyant une homologation de la sécurité du système et des procédures par l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) et la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC).

L’avis du Conseil vise à prolonger et opérationnaliser ces résolutions. La consultation menée par le CNNum a en effet permis d’identifier des propositions intéressantes, tant du point de vue technique que procédural. Le Conseil est confiant sur le fait que le Gouvernement saura en tenir compte, et que le dialogue avec la société civile continuera après cette première phase d’audit.


Méthode employée

Pour rendre son avis, le Conseil s’est appuyé sur les contributions recueillies sur sa plateforme de consultation dédiée au sujet. Le Conseil a également mené une série d’auditions d’experts et a rencontré des représentants du ministère de l’Intérieur et de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS).

Ce travail en amont a conduit le Conseil à réaliser des synthèses sur les solutions techniques alternatives reproduites en annexe 2 du présent avis et sur la consultation en ligne consultable sur le site tes.cnnumerique.fr :


Synthèse de l’avis

Le Conseil s’interroge sur la nécessité de stocker de manière centralisée des informations aussi sensibles. Sur la base des éléments mis à sa disposition ou rendues publiquement disponibles, il n’est pas en mesure de confirmer la nécessité de stocker de manière centralisée des données biométriques pour atteindre les finalités avancées. L’authentification biométrique ne constitue qu’un indicateur parmi d’autres s’agissant de l’instruction des demandes de titre d’identité, et les gains attendus en termes d’efficacité, de simplification et de lutte contre la fraude documentaire ne découlent pas, pour l’essentiel, de la fusion de ces deux bases. Au contraire, des risques considérables d’abus, de vol ou de détournement de finalité peuvent directement découler de la création de ce fichier.

Un travail d’anticipation détaillé reste dans tous les cas à conduire : la base TES a été créée pour les passeports il y a plus de 8 ans. Son élargissement aux cartes d’identité mériterait une remise à plat pour tenir compte des nouveaux principes européens de protection de la vie privée, ainsi que des nouveaux standards technologiques de sécurisation des données biométriques. La sécurité du dispositif actuel fait actuellement l’objet d’un audit de sécurité par l’ANSSI et la DINSIC. Toutefois, de nombreux contributeurs ont pointé l’existence d’alternatives au dispositif méritant d’être considérées par le Gouvernement. Ces dernières pourraient favoriser une meilleure maîtrise des risques liés aux cyberattaques tout en permettant d’atteindre les mêmes objectifs.

Plus largement, le cas TES est symptomatique d’une difficulté plus structurelle : l’État et ses organes doivent poursuivre leur adaptation afin de prendre les meilleures décisions technologiques possibles au regard, notamment, de leurs implications politiques, économiques et sociétales. Au-delà des questions spécifiques au fichier TES, le Conseil conclut qu’il y a urgence à réformer la gouvernance des choix technologiques au sein de l’État dans le sens d’une transparence et d’une ouverture accrues.


Recommandations du Conseil

RECOMMANDATION N°1 : Au regard de ces éléments, le Conseil ne peut que maintenir sa demande de suspendre l’application du décret et les expérimentations en cours. Cette suspension doit se prolonger au-delà de l’audit mené par la DINSIC et de l’ANSSI, jusqu’à la tenue d’un débat contradictoire public sur la base d’objectifs clairs et d’architectures techniques alternatives.

Pour ce faire :

  1. Le Conseil appelle le gouvernement à rendre publique une analyse justifiant le choix établi et à supprimer des éventuels éléments dont la publication serait susceptible de mettre en danger la sécurité du projet. Cette analyse devrait inclure une quantification des avantages attendus de l’extension de la base TES dans le cadre du plan Préfectures Nouvelle Génération. Elle devrait justifier de l’utilité même de conserver des données biométriques pour atteindre les finalités avancées. Elle devrait enfin justifier que le choix de conserver ces données sous une forme centralisée offre les meilleures garanties en matière de libertés publiques au regard des règles européennes sur la protection des données.
  2. Une fois ces éléments élaborés et discutés, et une fois publié le résultat de l’audit de sécurité par l’ANSSI et la DINSIC justifiant notamment de l’impossibilité technique d’utiliser le dispositif à des fins d’identification, le Conseil recommande que soit mise en oeuvre une procédure de consultation auprès des communautés scientifique et technologique pour procéder à une analyse des solutions en présence, à une évaluation des risques et des coûts et à l’élaboration éclairée d’architectures adéquates. Les conclusions de cette analyse devraient être présentées publiquement afin qu’une parfaite transparence soit faite quant aux choix politiques et technologiques retenus.
  3. Suite à l’élaboration de ces deux analyses, de nouveaux avis conformes de la CNIL, de l’ANSSI et de la DINSIC devraient être demandés.

RECOMMANDATION N°2 : Le Conseil recommande par ailleurs d’initier un débat public avec les citoyens, les acteurs de la société civile, le secteur privé et le secteur public sur les sujets de l’identité administrative et de l’identité en ligne. L’objectif de ce débat est de porter une réflexion globale sur les facettes de l’identité à l’ère numérique (rôles respectifs et articulation entre FranceConnect, chaîne de traitement des passeports et de la CNI, identités numériques publiques et privées), qui prenne en compte la généralisation des smartphones, les avancées et l’état de l’art en matière d’architectures (webservices, interfaces de programmation et informatique en nuage). Le Conseil appelle le gouvernement à encourager la recherche publique sur les sujets de l’identité numérique — encore peu soutenue en France — de la biométrie et des moyens de sa sécurisation.

RECOMMANDATION N° 3 : Le Conseil recommande enfin de poursuivre l’adaptation du modèle public de gouvernance des choix technologiques dans la mesure où ces décisions majeures vont se multiplier dans les prochaines années. Au-delà de la polémique, l’extension de la base TES apparaît comme le symptôme d’un processus décisionnel qui, en matière technologique, n’intègre pas suffisamment les exigences d’une vision politique de long terme.

À cette fin, le Conseil appelle le Gouvernement à :

  1. Édicter rapidement un cadre général constitué de normes et de bonnes pratiques communes aux administrations et s’appliquant à tous projets numériques susceptibles d’avoir un impact significatif sur leurs publics. Ce cadre pourrait prévoir que tout choix technologique important fasse préalablement l’objet d’une étude d’impact approfondie expliquant les choix effectués (sur le modèle de l’analyse d’impact relative à la protection des données imposé par le Règlement général pour la protection des données). Un tel cadre général pourrait être rendu à terme opposable par tous, mais une première étape pourrait consister à définir et mettre en oeuvre des règles non-obligatoires (soft law).
  2. Étendre la logique d’État Plateforme en ouvrant le processus de décision publique. L’instruction de tout projet technologique susceptible d’affecter significativement tout ou partie importante de la population devrait nécessairement être discutée, corrigée, amendée en s’appuyant non seulement sur les institutions de référence et les ministères concernés, mais aussi sur l’intelligence collective, les experts et les acteurs du monde académique.
  3. Renforcer le rôle de la CNIL, la DINSIC et l’ANSSI pour en faire des acteurs de premier plan dans cette transformation.

 

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Ateliers de design participatif sur la transformation numérique de l’Enseignement supérieur

Le lancement d’un cycle d’ateliers de design participatif

Le 2 septembre 2016, le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et le Conseil national du numérique ont lancé un cycle d’ateliers de design participatif avec les acteurs de l’Enseignement supérieur d’octobre à décembre 2016 (cf. communiqué de presse ).

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Objectifs et méthodologie des ateliers

Ces ateliers ont pour objectif de faciliter l’appropriation du référentiel de transformation numérique de l’Enseignement supérieur ((format pdf) (format .ods)), et plus particulièrement de :

  • l’enrichir au fur et à mesure en mobilisant l’expertise et les retours d’expérience des acteurs engagés la transformation numérique de l’Enseignement supérieur ;
  • construire de manière collaborative différents scénarios d’usage du référentiel, et imaginer les outils nécessaires pour accompagner ces usages.

Les ateliers se déroulent en trois étapes :

  • une séquence prospective qui consiste à construire un récit collaboratif sur l’Université en 2050 ;
  • une séquence de découverte et de manipulation du référentiel de transformation numérique ;
  • une séquence de remontée des  cas d’usage possibles du référentiel.

La méthodologie des ateliers s’inspire des pratiques collaboratives de génération d’idées et du design thinking. Elle a été développée avec l’aide de Codesign-it

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Restitutions des ateliers

Afin de retracer les contributions des participants et de constituer un fil rouge entre les ateliers, toutes les synthèses des ateliers seront publiées au fur et à mesure sous la forme d’un « mur de restitution » consultable par tous :

  • Atelier avec la Conférence des Directeurs d’Écoles françaises d’ingénieurs, le 14 octobre 2016 : retrouvez-ici le compte-rendu provisoire et l’album photo de l’atelier
  • Atelier Tiers secteur, le 7 novembre 2016 de 14H à 18H : en cours
  • Atelier avec la Conférence des Grandes Écoles, le 5 décembre 2016, de 10H à 13H : en cours
  • Atelier avec la Conférence des Présidents d’Université, le 8 décembre 2016, de 9H à 12H : en cours

Pour en savoir plus…

En mai 2016, le CNNum a remis à Thierry Mandon et à l’ensemble des acteurs de l’Enseignement supérieur un référentiel d’actions qui identifie des marques de transformation numérique à l’échelle d’un site ou d’un établissement. (cf. communiqué de presse du 24 mai 2016 )

Ce référentiel a vocation à devenir un outil commun ouvert, enrichi et utilisé par tous les établissements d’enseignement supérieur mais également de l’EdTech, de l’Education populaire, des collectivités, et d’autres acteurs qui peuvent participer à cette évolution. Plusieurs acteurs ont notamment fait part de leur engagement pour enrichir et tester le référentiel au cours de l’automne 2016.