Author Archives: rosemarie Cesaire

Les Métadonnées : Surveiller et Prédire

Le Conseil national du numérique s’est saisi en septembre 2016 de la question du chiffrement des données. Dans le cadre de ses travaux, il publiera à échéances régulières des articles d’approfondissement pour éclairer les différents enjeux du débat. Cet article est issu des réflexions du groupe de travail. Les positions qui y sont exprimées ne préjugent pas de l’avis qui sera adopté au terme de ce travail par le Conseil dans son ensemble.

 

Lien vers l'article en français sur https://medium.com : Les Métadonnées : Surveiller et Prédire

Lien vers l'article en anglais sur : https://cnnumerique.fr/en/metadata-surveil…e-and-prediction/  et https://medium.com : Madata : Surveillance and Prediction

Retour sur la chiffrofête franco-allemande du 13 décembre 2016

En marge de la conférence franco-allemande sur le numérique, qui s’est tenu à Berlin le 13 décembre 2016, le Think Tank iRights.Lab, le Conseil national du numérique et le Comité consultatif “Jeunes entreprises du numérique” (BJDW) ont tenu à inviter des participants de haut niveau français et allemands à la première chiffrofête franco-allemande, accueillie par l’Ambassade de France en Allemagne.

Les chiffrofêtes sont des événements ayant pour objectif l’apprentissage de stratégies et d’outils visant la sécurité informatique et le respect de la vie privée. Ils sont gratuits, destinés à une diversité de publics et basés sur le principe d’une diffusion à tous de capacités de protection informatique hors et en ligne. L’évènement a été organisé avec le soutien de CryptoParty Berlin. Il était destiné aux participants de la conférence franco-allemande sur le numérique, qui s’est tenue à Berlin le 13 décembre, en présence de la chancelière Angela Merkel et du président de la République François Hollande.

Le Conseil national du numérique, iRights.lab et le BJDW ont souhaité rappeler à cette occasion la nécessité de garantir un droit au chiffrement robuste en Europe, afin de de promouvoir la confiance des citoyens dans des systèmes de communication sécurisés. Ils publient également une liste de ressources pédagogiques en ligne visant à informer les utilisateurs sur les outils de sécurité informatique à leur disposition.

Lien vers le document :

https://cnnumerique.fr/wp-content/uploads/2017/01/BOOKLET-Cryptoparty-v2-1.pdf
 

Faut-il avoir peur des GAFA? sur @RFI par @JulienLeBot avec @LaurentCalixte et @Yann_Bonnet

Comment exiger de ces start-ups planétaires, les Google, Amazon Facebook ou Apple, ces GAFA, qui nous accompagnent au quotidien, un peu plus de loyauté ? D’ailleurs, question subsidiaire : est-ce seulement possible ?
 
Et pour ce faire, je recevrai…
·         Laurent Calixte, journaliste branché nouvelles technologies, mais surtout, l’auteur d’un billet de blog assez inspirant, comme on dit, publié en août dernier, et qui posait une question toute simple : et si Google, Facebook ou encore Appel étaient devenus des partis politiques ? Vous allez le voir, c’est plus que jamais d’actualité.
·         Et pour lui donner la réplique, mais aussi pour nous éclairer sur un concept qui monte, celui de la «loyauté des plateformes», nous allons recevoir Yann Bonnet, secrétaire général du numérique, qui a contribué à la rédaction d’un article publié, il y a quelques semaines, sur Rue89 : «loyauté des plateformes, d’accord, mais loyauté à quoi ?»

 

Pour écouter l'émission:

http://www.rfi.fr/emission/20170114-gafa-google-amazon-facebook-apple-reseaux-sociaux-peur?ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_source=twitter&ns_mchannel=social&ns_linkname=emission&aef_campaign_ref=partage_user&aef_campaign_date=2017-01-14

 

 

Le référentiel de transformation numérique de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Une nouvelle version du référentiel, enrichie grâce aux ateliers, a été mise en ligne et ouverte à contributions  :

Cliquez ici pour accéder au référentiel en ligne

Afin d’amplifier cette dynamique contributive autour du référentiel, le CNNum met à la disposition de tous un kit “Do It Yourself” pour organiser votre propre atelier  autour du référentiel. N’hésitez pas à vous l’approprier et à le diffuser auprès de vos réseaux !

Cliquez ici pour télécharger le kit

Fichier TES : Le Conseil national du numérique publie les synthèses des contributions de la consultation et rendra prochainement un avis

Ce vendredi 25 novembre 2016, le Conseil national du numérique publie la synthèse des contributions des trois thématiques de la consultation sur le fichier des titres électroniques sécurisés (TES). Ces synthèses serviront de base à la rédaction d’un avis qui sera publié par le Conseil mi-décembre.

Le Conseil se félicite de la forte mobilisation de la société civile sur la plateforme https://tes.cnnumerique.fr. En l’espace de dix jours seulement, la concertation publique en ligne a rassemblé 380 participants et a permis d’agréger pas moins de 435 contributions et près de 2700 votes !

De manière générale, ces synthèses révèlent de nombreuses inquiétude relatives à l’élargissement de la base TES mais aussi aux conséquences du plan Préfecture Nouvelle Génération dans son ensemble.

Chacune des trois synthèses est structurée en deux parties autour du diagnostic et des pistes de solutions :

Le Conseil tient particulièrement à remercier Cap collectif et toute son équipe pour la mise en ligne et la maintenance de la plateforme.

Encore une fois, un grand merci à tous !

Tribune : Simplifier oui, sacrifier non : ne pas laisser l’administration numérique accélérer l’exclusion sociale

Publiée sur libération.fr, le 22 novembre 2016 et laGazette.fr, le 23 novembre  – à l’occasion des Assises de la médiation numérique qui se tiennent le 23 et 24 novembre à Mende, en Lozère

Depuis plusieurs mois, les alertes se multiplient sur les difficultés croissantes d’accès aux droits liées à la dématérialisation des démarches administratives. Défenseur des droits, CIMADE, centres sociaux tous décrivent les mêmes histoires : un passage obligatoire par internet pour une prise de rendez-vous ou l’activation de certains droits, des serveurs téléphoniques saturés par des requêtes concernant des situations qui n’ont pas été prévues par le formulaire, des personnes qui – n’ayant pas accès à internet – se déplacent aux permanences de guichets aux plages horaires qui ont été restreintes, pour être orientées à nouveau sur un site ou une adresse mail…

Si cette situation n’est malheureusement pas nouvelle, elle devient d’autant plus critique que la dématérialisation s’accélère dans des domaines aussi variés que l’accès aux soins, aux prestations sociales, à l’emploi, à la formation, etc. Ces difficultés pénalisent tout le monde, et en premier lieu les plus précaires pour qui elles sont un facteur de marginalisation supplémentaire. Elles révèlent que les enjeux d’inclusion numérique ne sont aujourd’hui pas suffisamment pris en compte dans nos politiques publiques. Plus largement, elles nous interpellent sur le modèle de société que nous voulons construire à l’ère du numérique.

Pour que les services numériques soient réellement innovants, ils doivent rester humains

L’Etat se doit de donner l’exemple. Les nouvelles technologies sont de formidables outils pour créer des services publics plus efficaces, plus réactifs, plus personnalisés, mieux adaptés. Mais les services publics numériques sont encore trop souvent conçus par rapport à un profil d’utilisateur moyen qui n’existe pas. Trop souvent, l’accessibilité n’est greffée qu’ex-post comme une surcouche, et la médiation humaine pensée après coup – ou pas du tout. Parce que les systèmes ne prévoient jamais toutes les situations, ceux qui les utilisent – individus, associations, agents d’accueil, réseaux de proximité, etc. – doivent pouvoir participer à définir leur fonctionnement et les faire évoluer.

Par ailleurs, les structures associatives peuvent être des facilitatrices mais elles ne peuvent remplacer l’expertise fiscale, sociale, juridique, des agents des services publics. Elles ne peuvent être le réceptacle des toutes les difficultés de la relation entre l’usager et l’administration dématérialisée. Cela implique nécessairement le maintien d’une alternative humaine effective de la part des pouvoirs publics pour l’accès aux droits dont dépendent les plus précaires. Malgré un contexte budgétaire difficile, il est crucial de dégager des marges de manoeuvre et d’y consacrer des ressources. Il ne s’agit pas de recréer les anciens guichets : les gains d’efficience permis par la transformation numérique des grands opérateurs publics peuvent être utilisés pour réinventer une médiation humaine décloisonnée, personnalisée, outillée et valorisée, destinée à garantir l’accès de tous aux droits et aux services essentiels, partout sur le territoire.

Force est de reconnaître que le portage politique de ces questions par les pouvoirs publics centraux et locaux s’est amélioré ces dernières années mais cette mobilisation reste inégale d’un territoire à l’autre, et très loin du compte au regard des enjeux. Il y a un an, le gouvernement annonçait la constitution d’un fonds de solidarité numérique, qu’en est-il aujourd’hui ? 1 milliard pour l’équipement des collégiens avec des tablettes, 3  milliards pour équiper l’ensemble de notre territoire en très haut débit. Combien pour repenser l’inclusion sociale dans une société où le numérique est devenu omniprésent ?

Des besoins de médiation à tous les étages

Il y a trois ans, le CNNum appelait à changer de paradigme et à rompre avec deux décennies de politiques publiques focalisées sur la réduction d’une “fracture numérique” réduite à l’accès aux outils et réseaux. Ce concept nous a conduit à focaliser l’attention sur la réduction d’écarts prenant leur source dans des problématiques sociales, économiques, territoriales préexistantes. Mais il ne faut pas occulter la possibilité que notre rapport au numérique puisse les amplifier ou en produire de nouvelles. Sans être précaire ou mal à l’aise avec le numérique, on peut aujourd’hui être bloqué dans des circuits administratifs infernaux si l’on ne rentre pas dans les cases du formulaire, ou avoir des difficultés pour se projeter professionnellement dans un secteur disrupté par le numérique.

Le renouvellement permanent des technologies demande un effort d’apprentissage et de remise en question continu auquel nous sommes tous confrontés, quel que soit notre capital de départ. Et il serait illusoire d’espérer que ce besoin s’efface avec le renouvellement démographique et l’entrée dans un ère “digital native”. On peut être hyper-connecté au quotidien sans pour autant savoir agir sur les systèmes, ou savoir s’en servir pour s’émanciper sur le plan personnel, professionnel, culturel, ou dans ses relations sociales.

Bref, les potentiels exclus de la société numérique sont une cible mouvante. Dès lors, les besoins d’accompagnement, de formation et plus généralement de médiation ne disparaîtront pas avec le temps, bien au contraire. Ils vont continuer à s’accroître durablement dans les administrations, les entreprises, les associations, les écoles.

La médiation représente, avec la formation tout au long de la vie, l’infrastructure humaine essentielle d’une société numérique. Souhaitons que les assises nationales de la médiation numérique soient cette année l’occasion d’inscrire ces questions à un niveau bien plus stratégique dans nos politiques publiques, pour que le numérique soit réellement mis au service de la réduction des inégalités et de l’augmentation du pouvoir d’agir des individus et des collectifs.

 

Tribune publiée sur Liberation.fr et co-signée par …

Mounir Mahjoubi, Président du CNNum, Sophie Pène, Guy Mamou Mani, Amal Taleb, Vices-présidents du CNNum, Daniel Kaplan, Ghislaine Hierso, Nathalie Collin, Marc Tessier, Vivek Badrinath, Gael Duval, Antoine Petit, Véronique Torner, Emmanuelle Roux, Célia Zolynski, Najette Fellache, Patricia Langrand, Jacques Crémer, Carole Zisa-Garat, membres du CNNum, Valérie Peugeot – ancienne Vice-présidente du CNNum, Michel Briand – ancien membre du CNNum, Yann Bonnet, Secrétaire général au CNNum, Romain Delassus, Rapporteur général au CNNum, Camille Hartmann, Rapporteur au CNNum, Judith Herzog, Rapporteur au CNNum

 

Algorithmic accountability and transparency in the digital single market

MEP Marietje Schaake organised this event in the European Parliament on the 7th of November 2016 in order to discuss which options the European Union has to improve the accountability and/or the transparency of the algorithms that underpin many business models and platforms in the digital single market. With the emergence of artificial intelligence, machine learning applications and robotics this question will only become more important in the future.

Participez aux débats sur les enjeux du fichier TES et proposez vos solutions

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[Communiqué de presse] Le Conseil national du numérique lance une concertation sur les enjeux relatifs au fichier TES

Communiqué de presse

 

Paris, le 8 novembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Conseil national du numérique lance une concertation sur les enjeux relatifs au fichier TES

PARIS — À la suite de la publication du décret n°2016-1460 prévoyant l’instauration d’un nouveau fichier des “titres électroniques sécurisés” (TES), le CNNum lance une concertation en ligne sur les enjeux et les risques relatifs à ce fichier.

Le Gouvernement a fait part de son intention d’organiser un débat parlementaire sans vote à ce sujet. Le CNNum prend acte de cette initiative et considère donc comme utile de la compléter par une concertation ouverte. Le projet mêlant enjeux techniques et juridiques, le débat doit nécessairement porter sur ces deux aspects. C’est le rôle du Conseil d’être le lieu de cet éclairage au travers de ses consultations. C’est ce qu’il a fait en amont de la loi numérique, mais aussi du programme en cours de transformation numérique des universités, par exemple.

Cette concertation, prévue pour durer 10 jours, aura notamment pour objectif de nourrir un avis du CNNum, qui sera publié d’ici quelques semaines, sur l’opportunité de la création d’un tel fichier et sur ses éventuelles possibilités d’amélioration, tant en termes juridiques que techniques. Elle portera en particulier sur trois points, qui focalisent un certain nombre de questions et d’inquiétudes :

  • la centralisation de cette base et les enjeux de sécurité informatique afférents ;
  • les possibilités d’utilisations détournées d’un tel fichier et les moyens de les prévenir ;
  • les modes de gouvernance des choix technologiques de l’État.

Le CNNum souhaite inviter le Gouvernement et les différentes instances publiques à communiquer via la plateforme tout élément d’information, de contexte ou d’éclairage permettant de mieux comprendre l’architecture technique retenue et les raisons de son choix. En particulier, il espère que le Gouvernement pourra autoriser les instances interministérielles concernées — SGMAP, DINSIC, ANSSI… — à partager leurs analyses sur le sujet.

Le Conseil espère que son avis, et la consultation qui aura permis l’émergence de diagnostics partagés et de solution alternatives, seront des outils au service du débat parlementaire et du travail futur du gouvernement.

Lien vers la plateforme de débat: https://tes.cnnumerique.fr/

télécharger le CP en format pdf

Contact presse

Yann Bonnet
Secrétaire général

presse@cnnumerique.fr
01 53 44 20 03

www.cnnumerique.fr

@cnnum

 

 

Numérique et développement : quelle mise en œuvre ? – Résumé de l’intervention de Yann Bonnet

Événement organisé par la Banque Mondiale et l’AFD dans le cadre de la 10ème Semaine économique de la Méditerranée : « Le numérique pour une Méditerranée connectée », 4 novembre, Marseille.

Table ronde : Numérique et développement : quelle mise en œuvre ?

Résumé Intervention de Yann Bonnet (Secrétaire général du CNNum)

Les trois grands défis de la transformation numérique auxquels doivent faire face les pays qui bordent la Méditerranée

 

  • Appréhender les transformations numériques de l’économie

 

L’économie numérique est en train de bouleverser l’ensemble des secteurs de notre économie et même – voire surtout – les entreprises qui se sentent les plus protégées, telles que les PME qui tardent à mettre en place leur transformation.

Le numérique bouleverse radicalement les modalités traditionnelles du développement des entreprises. De nouveaux paradigmes ont émergé qui définissent en large partie notre économie :

  • le premier de ces paradigmes est la rapidité de croissance : les entreprises de l’économie de l’innovation ont bénéficié de l’accélération des progrès technologiques, du déploiement des nouveaux usages et modes de production, de consommation? A titre d’exemple, l’âge moyen des GAFA est de 22 ans quand celui des entreprises du CAC 40 est de 104 ans ;
  • Le deuxième paradigme est celui de l’internationalisation : aujourd’hui l’absence de frontières numériques oblige une entreprise à devenir compétitif nativement à l’international : de fait il est important de développer une stratégie de “niche grand public”, où les entreprises doivent être excellente internationalement dès leur création, au risque de se faire dépasser par un concurrent se développant trop rapidement ;
  • Enfin, l’innovation multiforme, le paradigme le plus important, qui englobe les deux autres : l’innovation est le moteur de la nouvelle économie et nous devons inclure toutes les formes d’innovation dans nos politiques publiques pour embarquer l’ensemble des acteurs dans cette économie de l’innovation. La seule R&D n’est plus suffisante pour une entreprise qui souhaite se repositionner dans la compétition internationale, créer des emplois, et renouveler ses activités de manière durable.

Il s’agit d’adapter nos économies à ces nouveaux modèles, en insufflant des nouvelles politiques d’innovation et en favorisant l’innovation agile.

 

  • Anticiper les effets d’une automatisation massive du secteur tertiaire

 

Le secteur tertiaire a constitué la voie de régulation du marché du travail face aux destructions d’emplois liées à l’automatisation qui a frappé largement le secteur secondaire lors de la seconde moitié du 20ème siècle. Aujourd’hui c’est le secteur tertiaire qui risque d’être massivement automatisé. Un certain nombre d’études, notamment celle réalisée par Carl Frey et Michel Osborne de l’Université d’Oxford, ont montré que le risque d’automatisation des emplois était de 47% à horizon 20 ans. Le développement de l’intelligence artificielle et notamment des bots conversationnels semble devoir confirmer ces craintes. Les discussions, qui demeurent aujourd’hui largement l’apanage des experts du sujet, doivent être poursuivies sur la scène politique :  la destruction créatrice schumpétérienne fonctionnera-t-elle encore ? Quels emplois résisteront à l’automatisation ? Quels seront les nouveaux secteurs créateurs d’emplois ? Comment redistribuer la valeur autrement que par le salaire ? Comment réinventer la manière de travailler ?

  1. L’écologie

Ce sujet, souvent oublié ou évoqué de manière incidente, doit être au coeur de notre réflexion sur la transition numérique. L’urgence d’une transition écologique et d’une modification de nos modes de vie n’est plus à prouver : néanmoins il semble trop souvent que le numérique ne fasse qu’empirer à l’extrême la situation, en augmentant considérablement la consommation d’énergie, la production de CO2, l’extraction de minerais rar et la masse de déchets polluants.

Il est donc nécessaire pour les acteurs du numérique d’éviter de se penser en marge de ces questionnements : la conjugaison des transitions – numérique et écologique – doit être plus que jamais à l’ordre du jour.

Il est nécessaire de dessiner un modèle de transformation numérique qui nous soit propre

Gardons-nous de la tentation de nous contenter de copier la Silicon Valley aveuglément :

  • Les modèles économiques des grands acteurs favorisent la reconstitution de monopoles, du fait des effets de réseaux qui favorisent les acteurs en place. Les problèmes de distorsion de concurrence commencent à être de plus brûlants, d’un côté de la Méditerranée comme de l’autre. La question fiscale ne peut non plus être oubliée : rappelons que ce sont les pays en développement qui souffrent le plus de l’évasion fiscale ;
  • La focalisation sur la recherche de la prochaine “billion-dollars company”, profondément liée à la financiarisation du monde des startups, conduit à un taux de mortalité extrêmement important des entreprises et des phénomènes de bulles de spéculation difficilement soutenables ;
  • Le développement de l’économie de plateforme commence à avoir des effets sur le monde du travail : si l’augmentation du travail indépendant semble répondre aux dysfonctionnements de certains modèles actuels, elle est souvent le nom d’une diminution des protections sociales, qui doivent être repensées.
  • Enfin certaines idéologies qui sous-tendent l’action des grands acteurs du numérique – tels que le solutionnisme – revient à remettre en cause profondément les modèles de régulation instituées et les politiques publiques, notamment sociales, des pays développés et en voie de développement. Il est d’ailleurs tout à fait évident que c’est pour les pays en voie de développement qu’il est le plus difficile de défendre le fonctionnement d’un modèle de services publics – souvent inefficients – face à la bienveillance de façade et à l’efficacité redoutable des grands acteurs du secteur ;

Il faut donc inventer des modèles économiques, qui permettent de faciliter l’innovation et la création de valeur tout en favorisant la redistribution de cette valeur.

 

  • Un premier requisit est de repenser le mode de diffusion et de distribution des savoirs et des données :

 

  • Des politiques d’ouverture des données publiques doivent être mises en place dans l’ensemble des pays de la Méditerranée. Conserver ces données sous clef par peur qu’elles ne soient captées par les acteurs existants est en vérité contre-productif. Cette ouverture représente au contraire un terreau d’innovation fertile, qui peut permettre de voir émerger un écosystème national nouveau et l’enrichissement partagé de ces données. Or ce sont bien les données qui, selon une formule désormais consacrée, constituent l’or noir de l’économie numérique : en assurer le partage permet d’ouvrir le plus largement possible les capacités d’innovation ;
  • C’est également le savoir existant qui doit être ouvert, selon des logiques d’open access : publier en accès libre les articles scientifiques permet de s’abstraire, à la fin d’une durée d’embargo, des contrats d’exclusivité des éditeurs scientifiques. Pour les pays en voie de développement c’est particulièrement crucial que de mettre en place une politique d’open access, qui assure une diffusion des connaissances au profit d’universités qui n’ont pas toujours les moyens de les acheter ;
  • La manière de constituer le savoir doit être également repensée, pour sortir d’une logique descendante et entrer dans une logique de pair-à-pair, afin de favoriser l’empouvoirement.
    • Exemple : WeFarm (60K utilisateurs) est un service gratuit en peer-to-peer qui permet à des fermiers de partager des informations via SMS, même sans Internet. Les fermiers peuvent poser des questions et ils reçoivent des réponses crowd-sourcées en quelques minutes.
  1. Les modes de production eux-mêmes peuvent être modifiés pour favoriser l’émergence de startups de toutes sortes

L’émergence d’acteurs nationaux puissants dans le secteur du numérique est évidemment un objectif. Cela passera par une conception nouvelle de l’innovation – et notamment une réforme du soutien à celle-ci. Mais également par l’émergence de lieux et d’expertises tiers, permettant d’innerver des logiques d’écosystèmes.

Mais il s’agit également de soutenir l’ensemble des formes de création de valeur, marchandes et non-marchandes et de modèles économiques. A cet égard, la production partagée, pair-à-pair, organisée autour de ressources communes, semble être une des voies les plus innovantes et les plus riches pour intégrer l’ensemble des compétences au service de la création de valeur pour tous. Que l’on pense simplement à Wikipedia, à Openstreetmap, à Wikihouse, au mouvement des makers et de la production localisée… Favoriser l’émergence de ces communs de production permet de concilier création de valeur et diffusion de celle-ci.

  • Exemple : c’est d’ailleurs dans les pays en développement que les initiatives les plus riches sur ces sujets ont lieu : le Woelab au Togo est ainsi le premier espace africain de démocratie technologique qui s’érige aussi bien en centre de ressources numériques qu’en incubateur. Espace d’innovation partagée où s’élaborent au quotidien de nouvelles approches de la collaboration productive vertueuse en contexte africains suivant le cahier des charges : #LowHighTech (notamment par un recyclage des machines désuètes).

Cet exemple du LowHighTech montre également que c’est en réinventant un numérique qui fasse toute sa part à l’exigence écologique que les pays méditerranéens pourront définir une voie qui leur soit singulière et qui soit soutenable.

Il faut mettre en place une véritable politique des usages adossée à celle de la connectivité  

Des investissements importants dans la connectivité ont été réalisés, notamment dans les pays en voie de développement et il est nécessaire de les poursuivre. Selon les chiffres de l’AFD, en support de la consultation qu’elle a lancée en septembre pour établir sa stratégie numérique

“Les opérateurs mobiles ont investi 880 Mds de dollars entre 2011 et 2015 et prévoient d’investir 900 Mds de dollars sur la période 2016-2020, dont la moitié environ dans les pays en développement. Ces investissements colossaux ne seront pas suffisants pour connecter les besoins des populations aujourd’hui hors réseaux : l’ITU estime dans un rapport de 2016 que connecter les individus n’utilisant pas aujourd’hui internet (investissements, hors renforcement des réseaux existants) représente un coût total additionnel de 450 Mds de dollars, dont 62 Mds de dollars en Afrique et 290 Mds de dollars en Asie-Pacifique.”

Néanmoins les investissements dans la connectivité doivent s’accompagner d’un ensemble de politiques en direction des usages. L’objectif ne peut être seulement d’apporter le réseau au seul bénéfice des contenus des géants du numérique et que parallèlement se creuse la fracture entre les inclus et les exclus du numérique.

 

  • Penser la formation au numérique

 

Une véritable transformation des établissements de formation, du secondaire mais également du supérieur doit être amorcée. En effet, pour faire face aux défis de la massification des effectifs que rencontrent les pays en développement, et pour s’adapter aux nouveaux besoins créés par l’économie numérique, les pays méditerranéens ne pourront pas faire l’économie de la transformation du système existant. Or, cette transformation est complexe : l’exemple de la France en témoigne. Le Conseil national du numérique a ainsi été saisi par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche pour aider à la transformation de l’Université.

Ses travaux témoignent que la transformation ne se réduit pas à l’équipement : il s’agit de sortir d’une vision purement systèmes d’information du numérique pour faire droit à une transformation globale qui s’articule profondément avec les nouvelles méthodes pédagogiques. Cette transformation est particulièrement nécessaire dans les pays en voie de développement. La transformation des lieux et des pratiques pédagogiques, articulées autour du digital learning, de l’éducation en mode projet et de l’ouverture sur l’ensemble de la société permettra de remettre l’Université au coeur des processus de développement et de répondre à l’explosion du public universitaire.

 

  • Organiser des dispositifs d’inclusion numérique

 

Au delà de la formation des étudiants, il est crucial de penser l’inclusion de tous, et ainsi de mettre en place de véritables politiques d’inclusion.

C’est toute la conception de la fracture numérique qu’il faut repenser : loin de se résumer à la question de la connexion, elle doit se comprendre au prisme de celle des usages, dans un contexte où la quasi-totalité des démarches de participation à la société passe par le numérique – trouver et exercer un emploi, participer à la vie démocratique, s’informer, avoir accès à ses droits… Trop souvent l’irruption du numérique, particulièrement via la dématérialisation des services publics, ajoute l’exclusion à l’exclusion pour les publics les plus fragiles. Le pari de l’efficience, qui guide souvent les démarches de dématérialisation des services publics, est une chimère si une politique d’accompagnement digne de ce nom n’est pas mise en place. De combien d’exemples avons-nous été témoins, en France, où la dématérialisation d’un service public a conduit à un afflux sans précédent dans les centres de médiation numérique, structures associatives structurellement sous-financées !

  • Exemple : la dématérialisation des démarches pour les titres de séjour

“Des centaines de personnes continuent de faire la queue de nuit devant les préfectures dans l’espoir d’arriver à obtenir un ticket à l’ouverture. Si ces files sont moins nombreuses, passant de 21 sites en 2012 à 14 sites en 2014, elles n’ont pas disparu pour autant. Depuis la mise en place de numerus clausus, déterminant le nombre de personnes admises par jour, les tickets sont devenus «un Graal» pour les demandeurs et les nombreuses heures d’attente s’accumulent.”

L’organisation d’une structure véritable de médiation, au service de l’inclusion de tous, doit donc être mise en place de manière systématique : et ne nous fions pas au mythe du digital native, pour penser qu’il s’agit d’un problème générationnel.

 

Newsletter #10 – Ambition numérique : un an après, des nouvelles du CNNum

Chers abonnés,

La lettre d’information du Conseil national du numérique (CNNum) est de retour !

 

#AmbitionNumérique : un an après

Le projet de loi pour une République numérique définitivement adopté par le Parlement

Le projet de loi pour une République numérique, qui vient d’être adopté par les deux assemblées, est l’aboutissement d’un processus de co-construction inédit, initié par la concertation #AmbitionNumérique à laquelle vous avez participé. Plusieurs recommandations du rapport publié par le CNNum se retrouvent dans le texte final, notamment :

 

Volet 1 : Loyauté et liberté dans un espace numérique en commun

 

Selon les termes de l’article 22 de la future loi, les plateformes pourraient désormais être tenues de fournir aux consommateurs une information loyale, claire et transparente.

Concernant  le principe de libre disposition des données, le texte consacre un droit à la portabilité large, ce dont le CNNum se réjouit.

Volet 2 : Vers une nouvelle conception de l’action publique: ouverture, innovation, participation

La loi instaurera de réelles avancées en matière de circulation des données et du savoir dès son article premier relatif à l’ouverture des données publiques.

Volet 3 : Mettre en mouvement la croissance française : vers une économie de l’innovation

Le Conseil se réjouit de l’introduction d’une exception au droit d’auteur en faveur du text and data mining pour la recherche. Cette consécration est issue des travaux engagés depuis plusieurs mois avec l’ensemble des acteurs de la recherche.

Volet 4 : Solidarité, équité, émancipation : enjeux d’une société numérique

Concernant la question de l’accès au numérique, le Conseil salue les avancées importantes proposées en faveur de l’inclusion et de l’accessibilité.

Prochaine étape : vers une co-construction des décrets d’application ?

Pour que la plupart des mesures soient applicables, une quarantaine de décrets d’applications devront être pris. Afin de prolonger le processus de co-construction, la ministre a déclaré souhaiter consulter les citoyens sur la rédaction de certains décrets. Une nouvelle étape de franchie pour la démocratie ouverte ?

Voir le texte définitif du projet de loi

La nouvelle mandature du CNNum

 

Le CNNum 3.0 c’est :

30 membres, avec autant d’hommes et de femmes, nommés en février 2016 par décret présidentiel, dont :

Le président : Mounir Mahjoubi, entrepreneur ;

4 vice-présidents et 25 experts du numérique issus de la recherche et de l’éducation, de think-tank, de PME et de grands groupes.

Voir les profils complets

 

Soirée de passation en présence d’E. Macron et A. Lemaire

 

Les saisines du CNNum en 2016

Outre la saisine sur la thématique « Travail et Numérique », dont le rapport a été remis début janvier 2016 à ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du dialogue social Myriam El Khomri, le CNNum planche actuellement sur deux sujets principaux : PME et enseignement supérieur.

La saisine sur la transition numérique des PME #croissanceconnectée

Saisi par le gouvernement en mars 2016, le CNNum a auditionné 200 PME, 50 experts et comparé les politiques publiques de 14 pays. Une première copie a été rendue le 27 juillet lors d’un événement de remise au Hub Bpifrance, suivi d’un atelier rassemblant plus de 200 acteurs du secteur, largement repris dans la presse.

 

 

La journée contributive du 26 septembre a permis de consolider les travaux des différents groupes. Michel Sapin, ministre de l’Économie et des Finances, a salué le travail réalisé et a affirmé qu’il était « très important de mobiliser des moyens pour engager les actions que le CNNum propose ».

 

La remise officielle du rapport est prévue pour le mois d’octobre.

Plus de photos de l’événement

La saisine sur l’Enseignement supérieur et la recherche #ESR

 

Le Conseil a publié en mai 2016 une proposition de référentiel à destination des acteurs de l’ESR pour les accompagner dans leur transformation numérique. Décliné en 5 polarités, il servira de base à un cycle d’ateliers de co-design qui se tiendront d’octobre à décembre. Thierry Mandon a lancé un appel à projet de 8 M€.

 

 

La saisine sur le chiffrement

 

Afin d’alerter le gouvernement sur les conséquences graves et non anticipées que pourrait avoir une limitation du chiffrement ou une généralisation des portes dérobées (backdoors), le Conseil a annoncé le 22 août 2016 son souhait de lancer une réflexion sur le sujet dès la rentrée 2016.

A l’initiative de Mounir Mahjoubi et suite aux annonces du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, plusieurs membres du Conseil et experts extérieurs (dont Isabelle Falque-Pierrotin – Présidente de la CNIL) se sont en outre exprimés en faveur du chiffrement dans une tribune publiée sur Le Monde.fr.

 

Événement à venir

Les trois priorités de la présidence française pour le sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (OGP) sont les « biens communs numériques », la transparence de la vie publique et économique ainsi que le développement durable.

Voir le discours complet

#Savethedate : Le CNNum organisera un atelier sur le co-design des politiques publiques dans le cadre du sommet mondial de l’OGP qui se tiendra à Paris du 7 au 9 décembre 2016.

Plus d’informations sur cet évènement à suivre très prochainement.