Parlons-nous ! Comment protéger nos attentions à l’ère numérique ? Restitution du second échange sur les leviers éducatifs

À la suite de la publication du dossier « Votre attention s’il vous plaît ! Quels leviers face à l’économie de l’attention ? », le CNNum a organisé, le 10 mars, sa seconde discussion ouverte(1) autour de la protection de l'attention à l'ère numérique, dédiée aux leviers éducatifs.

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Cette seconde session faisait intervenir :

  • Anne Alombert (enseignante-chercheuse en philosophie à l'Université Paris 8) et Olga Kokshagina (enseignante-chercheuse en management de l'innovation à EDHEC Business School), membres du Conseil, co-pilotes du dossier « Votre attention, s’il vous plaît ! » ;
  • Axelle Desaint, directrice du pôle éducation au numérique de Tralalere, directrice d'Internet Sans Crainte et coordinatrice du Safer Internet France ;
  • Bertrand de Faÿ, professeur de français à Saint Paul-de-Fenouillet dans les Pyrénées Orientales ;
  • Renaud Hétier, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers.

Le Conseil tient à remercier chaleureusement les intervenants ainsi que les participants pour la qualité des échanges.
Rendez-vous le 7 avril 2022 pour de nouveaux échanges autour des leviers technologiques et des modèles économiques mobilisables pour protéger l’attention.

Pour une éducation permettant l’émergence et le développement de nouvelles formes d’attentions

Considérant que l’une des fonctions principales de l’école est de former les attentions, Anne Alombert et Olga Kokshagina se sont interrogées sur le rôle de l’éducation et de l’accompagnement du corps enseignant pour lutter contre les effets nocifs de l’économie de l’attention. A une époque où le numérique a pénétré l’intégralité des sphères de la société, elles soulignent qu’il est fondamental de développer des alternatives numériques au sein des sphères éducatives, afin de permettre l’émergence et le développement de nouvelles formes d’attentions.

« L’idée serait d’engager les jeunes dans un travail réflexif pour leur permettre de comprendre le potentiel de captation des technologies numériques et de formuler des critiques « ancrées et subjectives ». Renaud Hétier, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers

Dans la continuité de ces propositions, Renaud Hétier, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’Université catholique de l’ouest à Angers, soutient qu'il est essentiel de favoriser « des situations d’interactions et de réciprocité entre les individus ». Il souligne ainsi que « la vraie parade à cette accaparation du numérique » réside dans le fait de proposer et partager des activités, notamment dans le numérique. En outre, il plaide pour l’établissement d’une « citoyenneté précoce ». L’idée serait d’engager les jeunes dans un travail réflexif pour leur permettre de comprendre le potentiel de captation des technologies numériques et de formuler des critiques « ancrées et subjectives ». Cela leur permettrait de s’encapaciter en réaction à la manière dont les industries numériques s’emparent de leurs libertés.

« L’enjeu est de faire sortir les enfants de la passivité de leur consommation des médias numériques. » Bertrand de Faÿ, professeur de français à Saint Paul-de-Fenouillet dans les Pyrénées-Orientales

Pour mieux comprendre et lutter contre les problèmes d’attention qui touchent ses élèves, Bertrand de Faÿ, professeur de français à Saint Paul-de-Fenouillet dans les Pyrénées-Orientales, a mis en place avec ses collègues un projet de recherche contributive sous la forme d’un séminaire de formation. Visant à déterminer ce qu’ils pouvaient élaborer à l’échelle du collège pour répondre à ces enjeux, ils ont pu observer que la manière de se concentrer et d’être attentif en utilisant un objet numérique n’est pas la même que celle que l’on mobilise avec les objets habituels de l'école. À cet égard, il note que l’enjeu est de faire sortir les enfants de la passivité de leur consommation des médias numériques. Pour ce faire, il a identifié plusieurs axes. Le premier vise à créer des ateliers de « critiques des médias », au sein desquels les élèves pourraient développer leur esprit critique tout en apprenant à maîtriser les outils qu’ils utilisent au quotidien. Le deuxième s’attache à former les enfants à « apprendre à apprendre », en prenant en compte la dimension numérique. Le troisième, et dans la continuité des recommandations portées par le rapport « Votre attention, s’il vous plaît ! », implique la création de nouveaux outils numériques à l’école. Enfin, Bertrand de Faÿ préconise un “usage numérique non pas seulement entre les élèves mais aussi avec les professeurs”, notamment afin d’apprendre et de faire émerger des pratiques de socialisation et de savoirs-vivres numériques.

« C’est en maîtrisant les outils du quotidien que les jeunes pourront s’approprier les enjeux numériques et questionner la qualité de leur attention » Axelle Desaint, directrice du pôle éducation au numérique de Tralalere, directrice d'Internet Sans Crainte et coordinatrice du Safer Internet France

Axelle Desaint, directrice du pôle éducation au numérique de Tralalere, directrice d'Internet Sans Crainte et coordinatrice du Safer Internet France, affirme, quant à elle, que ce n’est qu’en maîtrisant les outils du quotidien que les jeunes pourront s’approprier les enjeux numériques et questionner la qualité de leur attention. À cet égard, elle est revenue sur plusieurs initiatives dans le cadre du programme Safer Internet France. La première est un parcours intitulé « Ma vie numérique ». Il vise à amener les jeunes à s’interroger sur leurs usages en les confrontant à des situations où leur attention est captée. Désirant que les enfants se positionnent non plus dans une approche de consommateur mais de citoyens numériques, l’exercice se conclut sur une question ouverte portant sur la manière dont ils pensent pouvoir changer individuellement et collectivement leurs habitudes. La seconde, en cours d’élaboration, est une formation à destination des médiateurs afin d’accompagner le plus exhaustivement possible les jeunes sur les questions numériques, notamment en matière d’algorithmes et d’économie de l’attention.

Cette deuxième session des Parlons-nous dédiés à nos attentions s’est finalisée sur l’approche des parents dans l’accompagnement des enfants dans leurs usages numériques. Reconnaissant une plus grande prise en compte de l’impact des outils numériques dans l’éducation des enfants, les participants ont souligné la nécessité de renforcer l’éducation et la sensibilisation à destination des parents. Cependant, ils ont insisté sur le besoin de ne pas appréhender ce sujet uniquement dans une posture réactive et de sanction. Dénonçant le recours à des approches punitives voire de contrôle logiciel, ils ont souligné qu’il est avant tout majeur d’engager une conversation sur les usages des enfants et de s'intéresser à leurs outils et pratiques en ligne.

 

Pour aller plus loin

 

(1) Dans la continuité de sa mission visant à conduire une réflexion ouverte sur notre relation au numérique, Parlons-nous ! est un format de discussions ouvertes du Conseil national du numérique (CNNum) autour de ses travaux.

 

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